Plus que deux jours pour déguster le «Festival international des arts de la scène» Programme Commun, sauce création contemporaine. Le menu de la dernière semaine comprenait: l’émincé zurichois de Christoph Marthaler, la cuisine fusion New Age de Christophe Jaquet et Thomas Burkhalter, et la délicieuse glace meringuée de Pamina de Coulon. Bref regard sur ces trois créations.

Publié dans Bon pour la Tête le 24 mars 2018: LIEN

Tiefer Schweb  de Christoph Marthaler

Vous prendrez bien un peu de comique gras avec des clichés à gogo, une farandole de blagues et pourquoi pas, une pincée de propos graves comme celui de l’immigration et de la pollution. Reprenez-en, on vous en prie, le repas dure deux heures.
Il y a dans la dernière création de l’ancien directeur du Schauspiele Zurich, et grand manitou du théâtre contemporain, son mélange habituel de musique (il est hautboïste et flutiste) et d’occupation corporelle de l’espace scénique (il s’est formé à l’école Jacques Lecoq de Paris, penser Ariane Mnouchkine et Sacha Baron Cohen).

Tiefer Schweb (c) Thomas AurinTiefer Schweb de Christoph Marthaler, du 23 et 24 mars. © DR

Bien sûr que les comédiens sont formidables – ils le sont toujours chez Marthaler – car ils jouent la carte de la caricature comme des personnages de dessins animés. En plus, ils chantent divinement bien.

Mais imaginez ce qu’il est possible de faire de l’histoire du personnel d’une administration allemande retirée au point le plus profond du lac de Constance pour échapper à l’arrivée de réfugiés dont il ne sait que trop faire: la recherche de l’absurde est trop étudiée, trop appliquée et ça finit par sentir le réchauffé, surtout lorsque les blagues se répètent.

Avis de vents contraires

«C’est la jubilation, s’enthousiasme une spectatrice, Brigitte. La pièce de Marthaler est incroyablement riche en informations et en émotions. Les cantiques sont ceux que j’ai appris à l’école et chantés à l’église. J’ai grandi dans un village en Suisse allemande et j’y étais! J’ai vu une partie de mon enfance. Mon voisin romand a apprécié tout autant que moi, mais nous ne riions pas aux mêmes endroits. Nous avions chacun notre interprétation».

Raphaël n’était pas du même avis: «Je ne comprenais absolument pas le sens. Je n’y entrais que par moments, sinon, je m’emmerdais.»

Quant à Alexis, il estime que le propos (celui des immigrés) était interchangeable avec n’importe quel autre: «On ajoute une couche, ou on l’enlève, c’est pareil. Une demi-heure aurait suffi.»


Clash of Gods de Christophe Jaquet et Thomas Burkhalter

Clash of Gods (c) BurkhalterClash of Gods de Christophe Jaquet et Thomas Burkhalter, c’était du 13 au 18 mars au Festival international des arts de la scène. © Burkhalter

Ou préférez-vous un met New Age qui bouscule les papilles? Jaquet et Burkhalter sont les dieux-chefs qui s’affrontent pour servir une épopée burlesque à toutes les sauces, teintée fusion, comme toutes les musiques d’aujourd’hui, dont ils nous tapissent les oreilles.

C’est frais, c’est du Grand Guignol avec cinq comédiens-danseurs qui changent de personnages, de costumes et de perruques toutes les cinq minutes dans un délire festif.

Mais dans ce magma sonore et visuel, un défilé d’images sur grand écran pose des questions profondes sur nos identités à l’ère digitale.

Ne sommes-nous que l’apparence de nous-mêmes?

Si Marthaler reste du théâtre dans ses codes un peu poussiéreux, Clash of Gods c’est du spectacle à l’état pur, tonifiant et un peu cheap, mais dans un cadre d’une grande puissance sonore qui pourrait bien nous mener vers une attitude des arts de la scène mieux en harmonie avec les générations élevées au biberon des écouteurs et des petits écrans.


Fire of Emotions: The Abyss de Pamina de Coulon 

Fire of Emotions: The Abyss de Pamina de Coulon. C’était du 15 au 18 mars. © Dorothée Thébert-Filliger

Mais gardons une petite place pour le dessert. Pamina de Coulon, c’est la «Baked Alaska» de la soirée, l’omelette norvégienne, cette fameuse meringue chaude qui protège la glace au milieu.

Vorace d’idées, Pamina creuse la meringue pour arriver à la glace et nous livrer des pensées, inspirations, opinions, sentiments, indignations, doutes et émerveillements. Son one-woman-show époustouflant est saupoudré de copeaux de chocolat, de poivre vert, d’angélique et arrosé de cognac. C’est irrésistible!


Festival international des arts de la scèneProgramme commun du 14 au 25 mars 2018 (Vidy, l’Arsenic, le Théâtre Sévelin 36 et la Manufacture)

Michèle Laird, née Haffner, was an international arts administrator (visual arts and theatre), successively in Paris, New York and London, before moving to Switzerland and becoming an arts journalist.

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