La Fondation Cartier pour l’art contemporain, conçue pour soutenir et stimuler la diversité de l’art d’aujourd’hui, continue au quotidien d’écrire sa propre histoire. Car les moyens qu’elle met en œuvre pour accompagner les artistes de notre époque provoquent souvent des aventures inédites qui s’inscrivent dans la durée. Coup de projecteur sur une fondation au cœur de la créativité.

Fondation Cartier Bd Raspail

La Fondation Cartier pour l’art contemporain, photo : Georges Fessy.

Article publié par le Journal de la Haute Horlogerie le 14 mars 2013: Lien en françaisLink in English

« Par “artˮ, nous entendons toutes les disciplines dans lesquelles la créativité s’exprime, précise la conservatrice Grazia Quaroni. Quant à la notion d’“art contemporainˮ, elle concerne les artistes vivants, toutes générations confondues. » La diversité est donc à l’ordre du jour à la Fondation, où la vidéo, la peinture, le design, la mode, la photographie, la musique ou encore la sculpture et les installations monumentales se côtoient dans une programmation qui « élargit le champ de nos réflexions ».

Expositions personnelles ou thématiques

Qu’elles soient monographiques ou orchestrées autour d’un thème, les expositions se veulent uniques. Elles n’existent qu’en raison des moyens mis en œuvre par toute une équipe dont Hervé Chandès assure la direction depuis 20 ans (voir interview). La liste de plus de 200 réalisations donne le tournis. Des rêveries troublantes de David Lynch (2007) aux installations sur le thème de l’île d’Agnès Varda (2006), de sujets allant de la gémellité (1996) au graffiti (2007), l’objectif, déclare Grazia Quaroni, est de présenter des expositions « épaisses, plutôt engagées ».

Born in the streets - graffiti_Grégoire Eloy

Born in the Streets – Graffiti , Photo Grégoire Eloy

L’exposition actuelle de l’artiste chinois Yue Minjun (jusqu’au 17 mars 2013), dont on découvre la perplexité ou le désenchantement derrière les sourires grotesquement exagérés de ses personnages, est accompagnée d’une série de documents passionnants. Les interviews filmées de l’artiste et de curateurs chinois exposent la situation des artistes en Chine ces 20 dernières années avec une sincérité confondante. C’est cela aussi, le travail de la Fondation, rappelle Grazia Quaroni : « On cherche des situations intéressantes pour les partager. »

Elle admet que les projets vont souvent à l’encontre du consensus mais jamais dans un but de provocation, si ce n’est de l’intelligence. « C’est toujours l’occasion qui déclenche l’idée », dit-elle en donnant comme exemple la fameuse exposition d’Hiroshi Sugimoto en 2004, partie d’une simple photo.

La création d’œuvres nouvelles

La Fondation offre également aux artistes la possibilité de créer « l’œuvre dont ils ont rêvé » en fournissant non seulement les fonds mais également les savoir-faire ou les réseaux. Le grand photographe français Raymond Depardon a ainsi pu réaliser sept courts-métrages consacrés aux grandes métropoles de Rio de Janeiro, Shanghai, Tokyo, Berlin, Moscou, Addis-Abeba et Le Caire. « Ces artistes laissent par ailleurs une trace dans la collection d’art de la Fondation Cartier », explique Grazia Quaroni, considérée comme l’une des plus représentatives de l’art contemporain sur ces 30 dernières années.

Ramond Depardon_Rio de janeiro, 2004. palmeraie et désert, 2004

Ramond Depardon_Rio de janeiro, 2004. palmeraie et désert, 2004

Formule initiée en 1994 autour des arts vivants, « Les Soirées nomades » sont devenues des rendez-vous prisés du public, parfois même à l’extérieur de la Fondation. Vidéastes, chorégraphes, écrivains ou encore musiciens, plasticiens et comédiens tissent des liens entre les arts de la scène et les arts visuels, en passant par les arts de la réflexion. C’est ainsi que plus de 500 Soirées nomades ont déjà eu lieu, comprenant plus de 220 concerts. Des soirées thématiques comme Food Lab ou Cultures physiques, qui questionnent les liens de l’art respectivement à la gastronomie ou au sport complètent le tableau. « Nous sommes en tension permanente », rappelle Grazia Quaroni.

Dimension internationale

Sous une appellation non moins évocatrice, « Les Nuits de l’incertitude » proposent depuis 2012 des voyages au centre de nos questionnements avec, comme guides, le grand journaliste Stéphane Paoli et l’astrophysicien, écrivain et poète Michel Cassé. Les thématiques flirtent avec celles des grandes expositions, tout en leur donnant une densité nouvelle.

Ron Mueck’s Studio, January 2013 © Ron Mueck Photo © Gautier Deblonde

Ron Mueck, le sculpteur Australien hyper-réaliste sera à l’affiche de la Fondation du 16 avril au 29 septembre 2013

Depuis ses débuts, la Fondation cultive des collaborations avec des artistes de cultures éloignées et des partenariats avec de grandes institutions étrangères. Plus d’une centaine d’expositions de la Fondation ont été présentées à travers le monde, assurant ainsi une dimension internationale à son action.

Elle collabore également en tant que commissaire de certaines expositions, comme « Art & Craft & Design », présentée récemment à Genève au Salon international de la Haute Horlogerie 2013 avec le soutien de la Fondation de la Haute Horlogerie, de la Fondazione dei Mestieri d’Arte (Fondation des métiers d’art) de Milan et de Vacheron Constantin, un projet du célèbre architecte designer Alessandro Mendini, avec lequel la Fondation Cartier travaille fréquemment (voir lien).

Un mécénat actif

Grazia Quaroni admet que le statut privé de la Fondation « permet d’avoir la liberté d’être généreux » et surtout d’intervenir plus rapidement. Selon ses principes fondateurs, la Fondation Cartier se place résolument du côté de la créativité. En invitant le jaillissement de perspectives artistiques nouvelles, elle a inauguré une forme de mécénat actif, en perpétuel devenir. La filiation avec Cartier est clairement et même fortement exprimée, explique la conservatrice, « mais le milieu de l’art n’est pas le milieu du luxe et il n’y a aucun mélange entre l’entreprise et la Fondation, ni en termes de produits, ni en termes d’espaces ».

Ce concept de mécénat rejoint celui « des Papes et des seigneurs qui commanditaient des œuvres d’art », suggère Grazia Quaroni, en précisant qu’il ne s’agit ni de sponsoring ni d’événementiel. « Nous pouvons nous targuer d’augmenter la visibilité de Cartier, mais la Fondation est avant tout une maison pour les artistes », rappelle-t-elle en partant déjà vers d’autres rencontres. 

Michèle Laird, née Haffner, trained as a journalist, became an international arts administrator (visual arts and theatre), successively in Paris, New York and London before moving to Switzerland, where she now covers the art beat and presides several associations.

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