Personnalité attachante mais controversée du monde artistique international, le Neuchâtelois propose une formule inédite pour exposer l’art contemporain.

M.-O. Wahler_Crédit Francis Vernhet

Photo Marc-Olivier Wahler © Francis Vernhet

Trublion de la scène artistique international, le commissaire d’expositions et critique d’art continue à proposer des projets qui provoquent la controverse ou l’émerveillement. A organisé plus de 200 expositions.

Article paru dans la nouvelle revue “Swiss Seasons”, dont le rédacteur en chef Marco Cattaneo vise l’excellence et une nouvelle idée de la Suisse, concept auquel cette journaliste adhère avec enthousiasme.

« Je ne suis pas un illuminé », se défend Marc-Olivier Wahler, le Suisse qui depuis 20 ans dirige des centres artistiques de renom, successivement à Neuchâtel, New York et récemment à Paris le prestigieux Palais de Tokyo. Il vient de lancer un pavé dans la mare de l’art contemporain avec la création de la Chalet Society, un dispositif d’exposition sans adresse fixe, appelé à vagabonder le monde. « Face à la pléthore de musées, de galeries et de foires, il faut repenser le lieu d’art » annonce-t-il. Avec la Chalet Society, il propose la réalisation de projets artistiques éphémères dans des lieux exceptionnels, le tout avec l’aide de bénévoles.

« Les artistes s’intéressent aux mêmes choses que nous, la science, la physique quantique, la mécanique, mais ils ont un regard plus acéré que le nôtre. Ils y voient ce qu’il y a de poétique », continue Marc-Olivier Wahler, grand, mince, le regard lumineux et intense. Il envisage la Chalet Society comme un espace nomade qui provoque « des instants poétiques » entre artistes, collectionneurs et le grand public, le tout financé par un micro-mécénat à échelle mondiale par souscription sur le web. « La passion se partage » résume-t-il.

L’entretien se déroule dans une cour à l’écart de la frénésie bohème de Saint Germain des Près à Paris. Dans une école désaffectée, mise à disposition pendant 18 mois par le Groupe Emerige, la première exposition, A Museum for Everything se déploie en spirale comme une guirlande d’histoires dans un bâtiment nu. Musée ambulant, les 500 œuvres présentées appartiennent à James Brett, un jeune excentrique anglais qui collectionne de manière obsessionnelle les réalisations d’artistes en marge ou autodidactes, autrement dit, de l’art brut.

Parallèlement à la récente inauguration de la Chalet Society à Paris, Chalet Hollywood se prépare à Los Angeles sous l’égide de l’artiste italien, Piero Golia. Encore à l’état initial, des projets se profilent également à Berlin, Marrakech et Istanbul. « Je conçois la Chalet Society comme un logiciel capable d’intégrer toute plateforme et de développer une nouvelle interface avec le public », précise Wahler. Le nom aussi a été soigneusement choisi puisqu’il suggère l’endroit facilement prêté, où il fait bon recevoir, même à l’improviste.

Le Neuchâtelois d’ascendance polonaise et autrichienne revendique ses racines « provinciales et pragmatiques », mais se déclare prêt à l’audace. « Avec la Chalet Society, on ne sait pas où on va, on ne sait pas le résultat. C’est ça qui nous intéresse. La naïveté permet d’oser » sourit-il. Pour lui, les espaces d’expositions temporaires doivent être réinventés. « Le public est plus intelligent qu’on ne le croit, dit-il énigmatiquement. Quand on me dit « Je ne comprends rien à l’art contemporain », je réponds que c’est normal, il faut des clés de lecture. L’important, c’est d’inventer du story-telling pour enclencher la curiosité. La chance avec l’art contemporain, c’est que les clés sont multiples » conclut-il avec enthousiasme, avant de s’envoler pour Los Angeles où il prépare une exposition sans lien avec la Chalet Society.

REPERES

Marc-Olivier Wahler nait à Neuchâtel le 25 septembre 1964.

1987 à 1993 Enseigne à Neuchâtel après des études de philosophie, d’histoire de l’art et de littérature anglaise.
1993 à 1995 Conservateur au Musée des Beaux-arts de Lausanne, puis au MAMCO à Genève
1995 à 2000 cofonde, puis dirige le CAN, le Centre d’Art de Neuchâtel
2000 à 2006 dirige le SI (Swiss Institute-Contemporary Art) à New York
2006 à 2012 dirige le Palais de Tokyo à Paris. Installe un hôtel éphémère sur le toit qui fera sensation.
2012 fonde la Chalet Society, une structure mobile destinée à accueillir des expositions d’art contemporain à travers le monde.. Débute à Paris avec le musée ambulant A Museum for Everything jusqu’au 16 décembre 2012.
Sans lien avec la Chalet Society, il est le curateur de Lost in LA qui démarre le 1 décembre à la Los Angeles Municipal Gallery (LAMAG).

Membre de nombreux prix (Prix Hugo Boss à New York en 2008, Prix Gesal à Tokyo in 2008, Prix Hermès à Séoul en 2008, Prix Lafayette à Paris dès 2009, Prix Pictet dès 2012, etc.) Siège dans diverses commissions scientifiques et conseils d’administration (SAM Art Projects à Paris dès 2009, Gyeonggi Creation Center à Séoul dès 2010, Ecole des Beaux-Arts de Paris dès 2012, Frac Pays de la Loire à Nantes dès 2012, Verbund à Vienne, 2007-2011, Hangar Bicocca à Milan 2008-12, etc.). Ecrit régulièrement sur l’art contemporain.

Michèle Laird, née Haffner, trained as a journalist, became an international arts administrator (visual arts and theatre), successively in Paris, New York and London before moving to Switzerland, where she now covers the art beat and presides several associations.

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